AMATEUR A SES HEURES – ASCBiesheim-football

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Dans l’effectif biesheimois, il fait partie des irréductibles, ceux pour qui le football n’est pas un métier. Florent Finance, kiné de son état, a déjà tout vécu avec l’ASCB. Sauf un 16e de finale de Coupe de France.

Robert réajuste son chapeau. Et n’oublie pas de se couvrir puisque dehors, ça souffle, ce vendredi matin. Frais et dispo, il s’apprête à rentrer chez lui après s’être fait masser le dos par son kiné. Sans se douter que Florent Finance est aussi habile avec ses pieds qu’avec ses mains. « Il joue au foot ? À Biesheim ? Moi, c’est plutôt les quilles Saint-Gall… C’est quelqu’un qui a de la poigne, il faut lui laisser. Après, quand je viens ici (au cabinet de rééducation) , c’est pour me relaxer, je ne le questionne pas ! » Ainsi va la vie des joueurs amateurs, plus connus pour leur métier que pour leur grande passion. Florent Finance ne déroge pas à la règle. Et l’excellent parcours de l’ASCB en Coupe de France cette saison n’y a rien changé. Pour l’instant.

• « Ma future femme me soutient à 100% »

Il a pourtant tapé dans un ballon bien avant de soigner les corps dans une rue pavillonnaire de Houssen où il est installé à son compte, avec sa sœur, depuis trois ans. Mais cet anonymat ne lui pèse pas. Même si cette “double vie” lui demande une « grosse organisation. Là où c’est le plus compliqué, c’est en été, lorsqu’il y a quatre à cinq entraînements par semaine, explique le praticien de 28 ans. Le coach (Hervé Milazzo) est compréhensif. Après, c’est une routine. Je sais que le lundi, le mardi et le jeudi, c’est entraînement. Parfois je me change déjà au cabinet avant de prendre la voiture. Il y a un petit peu de fatigue qui s’accumule mais on s’habitue. » Et puis, il faut l’avouer, Florent Finance ne fait pas grand-chose pour s’épargner des “heures sup”. S’il ne peut rien quant au fait d’évoluer dans un championnat de National 3 de… 16 équipes, il plaide coupable, avec ses coéquipiers, pour les matches supplémentaires qui se sont rajoutés en Coupe de France. Une magnifique expérience qui a aussi son revers. « Avec le foot, il n’y a pas de demi-mesure. J’ai de la chance parce que ma future femme, Élodie, me soutient à 100%. Fin décembre, j’ai annulé des vacances à Florence pour la reprise de l’entraînement (le 27 décembre avant le 32e contre Fleury-Mérogis). Souvent, tout est fonction du foot », reconnaît le latéral droit. Alors, ce parcours en Coupe de France, il le savoure à sa juste mesure. D’autant plus que Florent Finance le vit avec son club formateur qu’il a rejoint en U13 DH. Un club avec lequel il a tout connu : les maintiens en Division d’Honneur, les deuxièmes ou troisièmes places insuffisantes pour rejoindre le championnat de France, la montée en CFA 2 comme le maintien au cinquième niveau lors de la dernière journée à Pagny-sur-Moselle… Même la Coupe lui avait déjà fait deux beaux cadeaux avec des 7es tours contre Metz et le Racing.

• « On en reparlera encore dans dix ans, voire plus »

« En 2009, face au Racing de Fauvergue et Pichot, on a joué devant 1 500 spectateurs. J’avais vingt ans, c’était ma première grosse affiche, se remémore-t-il. Chaque année, on entend parler d’un Petit Poucet qui va loin et on se dit : “Pourquoi pas nous ?”. Quand je pense qu’on fait partie des trente-deux dernières équipes… On ne veut pas que ça s’arrête. » Pour lui. Mais aussi pour les autres. Ceux qui s’accommodent de sa dévorante passion. Ses parents, Alain et Anne-Marie, qui ont multiplié les allers-retours depuis Bennwihr, trois fois par semaine, pour lui permettre de jouer à Biesheim. Sa sœur Pauline qui s’occupe de ses patients lorsque l’heure de l’entraînement approche. Et Élodie, évidemment, sa future épouse qui sera au stade, comme les autres, demain soir. « Les efforts paient. Avec un seizième, on ne fait pas tous ces sacrifices en vain. De cette aventure, on en reparlera encore dans dix ans, voire plus si on fait un nouvel exploit contre Grenoble, espère Florent Finance qui embauchera à huit heures demain, comme d’habitude, avant de redevenir footballeur l’après-midi. Être sous contrat, se lever tranquillement le matin, ça ne m’attire pas. Pas à ce niveau, ni à ce salaire. Je suis très content de mon sort. » Pas à l’abri d’une prouesse collective, le défenseur pourrait bien se compliquer la vie en ajoutant un 8e de finale début février à un calendrier déjà bien chargé. Il faudrait alors déposer, à côté de la plaque en laiton accrochée à côté de la porte d’entrée de son cabinet, le maillot du nouvel exploit, celui qui vaut tous les diplômes en matière de ballon rond.

« S’il passe encore un tour, je ramène du crémant et on fera péter les bouchons », sourit Guillaume, venu faire soigner son genou. Et s’il faut déplacer un créneau pour faire une petite place au sport, il ne lui en tiendra pas rigueur. Car il sait que Florent Finance, footballeur amateur à ses heures, est avant tout un bon professionnel.

SOURCE : DNA

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