Gilles Meyer, vous vous souvenez ? – ASCBiesheim-football

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ci, il a multiplié les sauts de puce devant sa ligne de but, voltigé aussi de club en club, reliant Erstein à Stadelhofen (Allemagne), faisant passer sa route par la FAIG, le Racing, Reipertswiller, Biesheim, Vauban et Sarre-Union, de division en division. Depuis quelques mois, Gilles Meyer a pris son envol, atterrissant à Hong Kong quelque 11 000 kilomètres plus loin. Il y a accompagné sa compagne, promue professionnellement.

Des gratte-ciel qui deviennent de « si petites choses »

« On rêvait d’aventure. Alors, quand elle a eu cette opportunité, on a foncé. Bonnie a des origines asiatiques, elle m’avait déjà fait découvrir son continent lors de différents voyages. »

Il raconte d’abord sa nouvelle ville, son quotidien. Et on se retrouve loin de son image prédéfinie, parfois résumée par la seule ombre de ses gratte-ciel, « qui deviennent de si petites choses », quand Gilles Meyer ouvre les yeux.

« En quelques minutes, tu es à la montagne ou au bord de la mer. Les paysages sont somptueux, les restaurants nombreux et les magasins ouverts 24 heures sur 24. Le réseau urbain, bus-métro-tram, est extraordinaire, souligne-t-il avant de poursuivre tout sourire. Le mercredi soir, on file à l’hippodrome d’Happy Valley, un lieu incontournable. J’ai même appris à parier sur les chevaux. »

Et si le montant des loyers fait plisser ses yeux, le gardien de but dit que le coût de la vie reste accessible « quand on vit à la hongkongaise », ce qui est son cas.

Il évoque aussi les virées à Macao, « à une heure de bateau, avec l’impression de se trouver à Las Vegas », sans oublier les promenades dans Shenzhen. « On s’y rend en métro. Pour le reste de la Chine, c’est plus compliqué. »

On parle vite de football, de celui de ce territoire chinois, resté très autonome malgré son détachement de l’empire britannique.

« On a tellement de championnats différents, qu’on peut s’y perdre, se plaît-il à préciser. Les gens jouent dans les parcs, jusqu’à 23h chaque soir, mais ils se passionnent surtout pour la Premier League, puisque la ville était anglaise jusqu’en 1997. ManU, Tottenham et Liverpool ont énormément de fans ici. Certaines équipes sont venues participer à un tournoi. Il y avait 40 000 spectateurs au stade, moi compris. J’avais également assisté à un entraînement de Liverpool, une pure folie… »

Évoquer l’Angleterre rappelle à l’Alsacien son job, puisqu’il est éducateur salarié dans une académie (Asia Pacific Soccer School), justement parrainée par Tottenham. « Je n’aurais jamais eu cette chance en France. Là, on m’a rapidement donné des responsabilités. Je développe les entraînements des gardiens de but, j’ai aussi la charge de deux équipes d’U13, dont l’une évolue au plus haut niveau national. En plus, je donne quelques cours particuliers. »

Gilles Meyer savoure cette chance, comme celle d’évoluer dans un club de deuxième division nationale. « Quand je suis arrivé ici, j’ai pu m’entraîner avec les Leeman Rangers, un club professionnel, explique Gilles Meyer. Lors de l’été, j’avais des contacts avec un autre club, mais il avait son quota de joueurs étrangers. Comme mon académie m’a proposé un temps plein, j’ai préféré rejoindre un club du deuxième échelon national. »

« Notre adversaire du samedi s’entraîne sur la pelouse juste à côté de la nôtre »

C’est ainsi qu’il porte la tenue du Sparta Rotterdam Mutual, affilié au club néerlandais. « Je suis le seul Français du club qui compte un Macanais, un Anglais et un Espagnol. On a droit à quatre étrangers, dont trois sur le terrain. »

Ses sauts de cabri, ses joyeux plongeons font que son équipe caracole en tête du championnat, nantie de cinq succès désormais.

« La saison passée, les trois premiers ont refusé la montée, faute de gros sponsors et de pouvoir assumer le statut professionnel. Pour les joueurs, il est parfois préférable d’avoir un bon métier que vivre du foot. Ce qui fait que le niveau est sympa, comparable au National 3 pour les meilleures équipes. »

Son club ne possédant pas de stade propre, « seul le HKFC, uniquement British, a le sien à Happy Valley », Gilles Meyer assiste parfois à quelques scènes cocasses. « Le mercredi, pas de problème, on s’entraîne sur le synthétique d’une école internationale. Mais le jeudi, on se rend sur un site avec une multitude de terrains de foot. Régulièrement, notre adversaire du samedi s’entraîne sur la pelouse juste à côté de la nôtre. »

Avec bonne humeur, il ajoute une autre particularité. « Le même stade accueille nos matches à domicile et ceux à l’extérieur, on ne se déplace donc jamais. Et les matches d’une même journée peuvent s’enchaîner sur la même pelouse. »

Il souffle que le jeu est rapide, les joueurs parfois malicieux, les matches suivis par quelques centaines de supporters, les fans de South China étant les plus nombreux. Que le club majeur de Hong Kong est Kitchee, et joue ses gros matches devant 5 000 spectateurs, ayant honorablement résisté à Tottenham cet été (1-4). Surtout, il raconte la difficulté du climat. « Le taux d’humidité est de 70-80%. Je termine les matches avec des crampes, les mains poreuses. »

Des mains parfois poreuses qui laissent passer la lumière et permettent à ses yeux d’en profiter pleinement. Et s’ouvrent sur ce nouveau monde. Curieux, forcément heureux…

Par : JEAN-CHRISTOPHE PASQUA